Concert

concert pop crime

Vu de loin, un groupe rock en 2025 peut ressembler à un artefact du passé, un joli souvenir, une espèce en voie de disparition maintenue en vie par quelques nostalgiques incapables de tourner la page qui ressassent des poncifs sans aucune remise à jour. C’est peut-être pourtant la beauté fragile et indicible de continuer de charbonner basse-guitare-batterie dans une époque comme la nôtre: il n’y a plus grand chose à y gagner, simplement créer un espace de liberté, un surgissement créatif et collectif. Pop Crimes est de ceux qui sont capables en deux riffs, quelques bribes de lyrics et pas mal de sueur de rappeler ce qui donne encore envie de s’attacher au rock à guitares, intemporel et increvable.

Il y a toujours une forme d’alchimie inexplicable dans ce moment où quatre personnalités éparses deviennent un groupe, une hydre à plusieurs têtes, un micro-monde qui emballe les auditeurs. Il n’est pas question de transformer l’eau en vin (quoique) mais plutôt les tourments de l’âge adulte en pop songs imparables, et à ce petit jeu, Pop Crimes sait y faire. Avec Gathered Together, un premier album paru en 2023 (Howlin Banana, Safe in The Rain, Les disques du paradis), le groupe parisien avait habilement posé les bases, soit une musique urgente et électrique, catchy mais jamais jetable qui réussit habilement à brouiller les pistes temporelles. On y piochait dans le post-punk, l’indie pop et le garage de quoi raconter la dureté émotionnelle contemporaine, la quête de réconfort, la lutte quotidienne pour exister à côté de la plaque, sans totalement perdre les pédales. Se baladant habilement entre références underground et envies de faire chanter les foules, Pop Crimes avait dessiné les contours de son rock de stade pour pub bondé, d’une catharsis totale dans la jouissance d’une musique populaire et totalement faite à la main.

De retour avec Bright Lights enregistré en live au studio 4A Sound Factory par Guillaume Siracusa (Spécial Friend, Young Like Old Men) et sans filet, le groupe écrit aujourd’hui une nouvelle étape plus lumineuse. Le disque s’ouvre ainsi par la ballade électrique Open My Eyes, et en écoutant les dialogues de la voix et des entrelacs de guitares (soutenus par un basse/batterie soudé comme jamais), on comprend que Pop Crimes a pris de la bouteille et est aujourd’hui capable de faire sonner un enregistrement, comme s’il jouait dans la pièce d’à côté. Vivant, implacablement efficace et catchy. Promises, coulé dans le bitume britannique, laisse toute la place au chant bravache et émouvant de nous emmener là où il a envie, le poing levé et la tête un peu sonnée. Quand le groupe ralentit le tempo sur I Wish I Could Saved You But Did I Really, valse de crooner fracassé par la vie, on se croirait revenu sur les pavés sales du Lower East Side à la fin des années 1970. Should I live in my dreams joue sur les ruptures de rythmes et de ton, droit dans ses bottes d’un post punk moderne et émouvant. Enfin, Sunrise, est un autre moment de bravoure de ce deuxième disque, frontal sing along, canons de guitares et de voix à la rage post-adolescente, loin de toute pose.

Ce Bright Lights, disque d’amitié, d’amour, d’espoir nécessaire et d’unité rêvée, arrive à point nommé dans la carrière de Pop Crimes. Ses membres, infatigables amoureux de la route et des concerts ont vu leur savoir-faire et songwriting renforcés au gré des dates, des verres et des accidents de la vie. Un manifeste qui ne dit pas son nom de ce que le rock’n’roll peut encore offrir de meilleur. Pour ceux qui le jouent, l’écoutent, le vivent.

« Bright Lights » sortira le 24 avril 2026 chez Howlin’ Banana Records et Les Disques du Paradis.

Enregistré/mixé par Guillaume Siracusa / Masterisé par Etienne Colin / Photos de Edouard Bertrand / Graphisme par Cécilia Sparano